textes Samuel Beckett mise en scène avec Lisa Dwan en ...

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textes Samuel Beckett mise en scène Walter Asmus avec Lisa Dwan 11 15 mars 2015 en anglais sans surtitres
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ATH_1415_NOTI_bible.inddtextes Samuel Beckett mise en scène Walter Asmus avec Lisa Dwan 11 › 15 mars 2015en anglais sans surtitres
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not i / footfalls / rockaby Si on voulait vraiment prendre du recul, peut-être faudrait-il considérer Not I comme une fulgurante entreprise d’apparition et de disparition. Apparition d’abord : celle d’une figure au coin d’un tableau du Caravage, La Décollation de saint Jean-Baptiste, que Beckett contemple un très long moment dans une église maltaise, et qui va lui inspirer ce qui sera Not I. Car la pièce est conçue ainsi : tandis que la bouche illuminée d’une femme occupe le centre de la scène, elle est observée par la figure immobile d’une silhouette masculine en djellaba côté cour, qui élève et baisse les bras dans un geste
“de compassion impuissante”. Un dispositif qui évoque et radicalise celui d’Oh les beaux jours, où Willie – pas encore muet mais déjà taciturne – apparaît à la marge de la volubile Winnie, dont le corps disparaît peu à peu. Dix ans plus tard, les jeux sont faits, ou plutôt voici une deuxième manche : la femme est devenue voix, l’homme a perdu la sienne. Il sera même effacé du tableau à la création en France au théâtre d’Orsay en 1978, quand de nombreux aléas pratiques persuadent Beckett de supprimer le rôle
– on appelle ça, en peinture, un repentir… Il faut noter que l’Auditeur était déjà absent dans la version télévisée réalisée précédemment par la BBC, qui ne montrait que la bouche en gros plan. Effet saisissant : “Cela n’a certainement pas déplu à Beckett, raconte son biographe James Knowlson, quand il s’est aperçu que la Bouche ressemblait désormais à un large vagin béant.”1
what? … the buzzing? yes… all the time the buzzing…
quoi ?… le bourdon ?… oui… tout le temps le bourdon…
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Quand l’inspiration première a disparu, que reste-t-il, se demandera-t-on, des suivantes ? “J’ai connu cette femme en Irlande, raconte Beckett. Je savais qui elle était – pas “elle” spécifiquement, une femme en particulier, mais il y avait tellement de ces vieilles biques qui titubaient le long des rues, dans les fossés, devant les haies, l’Irlande en est remplie. Je l’ai entendue, “elle”, dire ce que j’ai écrit dans Not I. Je l’ai effectivement entendu.” 2 Mais plus que la vie et les pensées des vieilles dames irlandaises, c’est sans doute le débit ininterrompu qui semble avoir fasciné Beckett, la psalmodie intime, avec ses rythmes et ses soupirs, ses éclats et ses suspensions, sa musicalité en somme, mélange complexe de motifs, d’ornementations et de reprises. “Vous diriez peut-être que c'est du Bach, si vous parlez de musique ancienne, mais je vous dirai que c’est aussi bien du Webern ou du Boulez”, estime Madeleine Renaud, créatrice du rôle en France. 3 Ce que corrobore l’actrice fétiche de Beckett, Billie Whitelaw : “Cela va à une cadence prodigieuse. Je me suis entraînée à dire les mots à un dixième de seconde, je me voyais les épeler comme une horloge olympique. Personne ne peut suivre le texte à cette vitesse mais Beckett insiste pour que je le dise précisément. C’est comme de la musique, une pièce de Schœnberg dans sa tête.” 4 Car c’est sans doute là le plus grand prodige de Beckett : arriver à faire disparaître le texte même qu’il vient d’écrire. Par la vitesse, par l’accumulation, l’anéantir et le faire vivre de sa seule énergie rythmique et mélodique. C’est pourquoi il n’importe guère de “suivre”, ou de “comprendre”, ce qui ne vise pas la tête mais d’abord l’estomac. Prouesse réservée aux seuls génies : “La substance contenue dans Not I, de moindres écrivains auraient eu besoin de trois ou quatre heures sur scène ou de 500 pages (au moins !) pour l’explorer, et pour couler cette mine de souffrance humaine en une image si révélatrice, si graphique, en mots qui sont si brillamment significatifs, qu’un seul quart d’heure suffit à tout communiquer”, s’enthousiasme le critique Martin Esslin. 5 Les mots, Beckett les avait déjà bannis de son théâtre dans les bien nommés Actes sans paroles, et il parviendra à les éradiquer une nouvelle fois dans Quad (qu’on pourrait désigner comme une chorégraphie). Écrire sans les mots, tout de même, ce n’est pas donné à n’importe quel écrivain…
1 Dans Frescoes of the Skull, Calder Publications, 1980 2 Propos rapportés dans Samuel Beckett de Deirdre Bair, éd. Fayard, 1979. 3 Propos recueillis par Guy Wagner pour Tageblatt/Phare, 1976 4 Sunday Times, janvier 1973 5 Dans la revue Plays and Players, mars 1973. Les autres citations sont extraites du Beckett de James Knowlson, éd. Actes Sud, 1999 | Les citations en anglais et en gras sont extraites de Not I (éditions Faber & Faber), les traductions françaises de Samuel Beckett de Pas moi (éditions de Minuit).
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Pas de psychologie, juste la folle allure : il en ira de même trois ans plus tard pour Footfalls, où l’actrice doit prononcer mille mots en trente minutes. Mais là encore, indiquait Beckett à Billie Whitelaw : “Les mots ne sont que l’excipient, le sucre autour de la pilule, le rythme est bien plus important.” Le rythme des pas, ou celui des artères, celui des pensées ou celui du cœur, qu’il s’agisse du cœur physique ou du cœur figuré… Dans Rockaby, donné en 1980 pour célébrer les 75 ans de Beckett, le rythme sera celui d’un rocking- chair. Dans ce que le critique Ned Chaillet qualifia joliment de “sonate pour voix d’actrice” opère une nouvelle fois cette rencontre à la fois naturelle et stupéfiante entre le fond et la forme. Constamment d’avant en arrière, si bien qu’on ne sait plus où est l’avant, où est l’arrière, dans le flot du ressassement des pensées, qui bientôt n’est plus que mouvement pur.
“Pendant le spectacle, racontait Billie Whitelaw, mes pieds ne touchaient jamais le sol.” texte Lola Gruber
words were coming… imagine!… words were coming…
des mots… imaginez !… des mots…
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textes Samuel Beckett mise en scène Walter Asmus avec Lisa Dwan 11 › 15 mars 2015
assistant à la mise en scène Matthew McFrederick | scénographie Alex Eales | lumières James Farncombe musique Tom Smail | son David McSeveney
production : The Royal Court Theatre et Lisa Dwan, en association avec Cusack Projects Ltd réalisation : Athénée Théâtre Louis-Jouvet
L'Athénée remercie l'Hôtel Indigo Paris-Opéra.
blog de l’Athénée venez tous les jours au théâtre blog.athenee- theatre.com
durée 1h sans entracte spectacle en anglais sans surtitres
mouth on fire… stream of words…
bouche en feu… flots de paroles…
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autour du spectacle dialogues À l'issue de la représentation, l'équipe du spectacle vous retrouve au foyer-bar pour en savoir plus et poser vos questions sur le spectacle. jeudi 12 mars 2015 entrée libre
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Square de l’Opéra Louis-Jouvet 7 rue Boudreau 75009 Paris Mº Opéra, Havre-Caumartin, RER A Auber réservations o1 53 o5 19 19 | athenee-theatre.com
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